Genealexis

Histoires d'hier et d'aujourd'hui...

On continue notre promenade dans le Hainaut-Cambrésis, en partant cette semaine à la découverte d'une savonnerie située à Escaudain, à quelques kilomètres de Valenciennes mais dont l'histoire va nous faire voyager à travers toute la région.

(source pour la suite : Horizon de janvier 2018)

François Lempereur, créateur de la savonnerie, était cordonnier. Il possédait aussi une entreprise de battage de blé, qui fonctionnait lors des moissons. C’est un ouvrier de la savonnerie de Corbehem, dans le Pas-de-Calais, qui lui donne la recette du savon. L’escaudinois réalise d’abord des essais dans sa ferme. Sa femme est son premier « cobaye ». au fur et à mesure, le bouche à oreille permet d’augmenter le volume de savon mou produit. On est en 1909, la savonnerie Lempereur est née.

Pendant la Première Guerre Mondiale, les Allemands réquisitionnent l’usine. Le savon noir qui en sort est envoyé en Allemagne. Mais François Lempereur parvient à en faire passer en douce aux habitants de la commune. Un produit qu’ils peuvent échanger avec les commerçants contre d’autres biens. En septembre 1918, la ville est libérée. Mais lors de leur retraite, les vaincus détruisent totalement l’usine qui ne sera reconstruite qu’en 1919. François Lempereur en profite pour racheter un camion aux américains. Il peut désormais livrer toute la région !

Un an plus tard, François associe ses six fils à son entreprise, qui s’appelle désormais Lempereur Frères. Elle produit alors du savon blanc, du savon mou, de la lessive caustique, de la lessive en poudre, de la glycérine et d’autres produits similaires.

Buvard Savon Citron
(source : Delcampe)

En 1923, la société ouvre une succursale à Saint-Denis, en région parisienne. Les produits Lempereur se vendent désormais à Paris et dans ses alentours. Ils circulent entre l’entrepôt et l’unité de production par voie fluviale, grâce au quai situé à Denain. Dans cet entre-deux-guerres, François Lempereur fait construire un coron à son nom, proche de l’entreprise, pour loger ses employés.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, la savonnerie est à nouveau réquisitionnée par les Allemands. Les frères, à la tête de la société depuis le décès de leur père en 1929, fournissent, sous le manteau, savon noir, savonnettes et cristaux à leurs employés qui peuvent les échanger contre des denrées alimentaires.

En 1943, l’entreprise se spécialise dans l’achat et la vente d’huiles végétales, de graines oléagineuses, tourteaux, glycérine et stéarine. Elle fabrique aussi du savon dur sous forme de paillettes, de copeaux et de flocons. Un a plus tard, elle développe une branche « parfumerie » qui produit de la crème dermophile et du savon de toilette. Un nouveau bâtiment, baptisé « La Victoire » est inauguré. Le Secrétaire d’État à la production industrielle et aux communications autorise la mise en place d’un embranchement ferroviaire permettant aux wagons de marchandises d’entrer dans l’enceinte de l’usine. Les savonneries Lempereur continuent de se développer. Au début des années 1950, elles commercialisent des détergents ménagers, comme les doses Napo. Dix ans plus tard, le « Carolin », produit ménager à base d’huile de lin naît dans les cuves d’Escaudain. Un an avant, un secteur « peinture industrielle » est créé. Il fermera en 1972. Entre temps, la peinture de la famille Lempereur est vendue à Usinor, Vallourec et même dans l’entreprise Onia, à Toulouse, future AZF.

Les années 70 marquent le dévut du déclin pour la savonnerie escaudinoise. La trésorerie est faible et 47 % du capital est vendu à une entreprise de Petite-Synthe (59) : Daudry Van Cauwenbergue.

En septembre 1980, Daudry vend ses parts à la savonnerie-parfumerie Lempereur (un homonyme) installée à Montigny-en-Ostrevant. Trois ans plus tard, les savonneries Lempereur sont en redressement judiciaire. Elles fermeront leurs portes en 1985. Les bâtiments sont ensuite rachetés successivement par la société Vroone, qui fabrique des produits de traitement pour le bois, puis par l’entreprise Knox. La liquidation judiciaire de cette dernière est prononcée en 1992.

La savonnerie à l’abandon

Le site reste à l’abandon jusqu’en 2004. La cheminée de l’usine est mise à terre le 8 octobre. Sur cette friche industrielle naîtront une médiathèque communautaire, un collège, un nouveau quartier. Le « Carolin », lui, est toujours commercialisé. Il appartient désormais à une multinationale italienne.

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